Tu m'as plu dès le premier jour
Et je suis tombé en amour.
Mes premiers souvenirs d'enfance,
Mes troubles de l'adolescence,
Je les ai connus avec toi.
Premiers baisers; premiers émois,
Dans le silence d'une dune,
Et la lueur d'un clair de lune
Loin des sunlights, des  réverbères,
Des avalanches de lumières.

Nostalgie de l'adolescence,
De nos bals à la Renaissance,
Mais sacrifiant ses platanes,
Aussi libre qu'une gitane,
Tu as abandonné ces lieux
Quand vinrent d'autres amoureux.
De fréquentations festives
En amitiés trop fugitives,
Au contact des grandes vedettes
Tu es devenue plus coquette,
Exigeante et capricieuse,
De plus en plus ambitieuse.

Te voilà maintenant touristique.
Je t'avais connue romantique.
Ce temps béni est révolu
Et je ne te reconnais plus.
Tu ne partages plus mes rêves,
Nos promenades sur la grève.
A nos fous ébats dans la houle,
Tu préfères les bains de foule,

Les vas et viens perpétuels.
Les déluges de décibels
T'ont presque rendue sourde aux voix            
De tes amoureux d'autrefois
Qui te trouvaient pourtant si belle
Avant que tu joues les rebelles.
Tu leur fermes à jamais ta porte
En l'ouvrant à d'autres cohortes
Qui te maquillent, te peinturent,
Et bien souvent te dénaturent.

As-tu à jamais oublié
Cet air venu de ton passé ?
Ce même passé qui m'accueille
Dans le parfum des chèvrefeuilles,
Les moteurs de tes catalanes
En partance pour les sardanes,
Dans l'angélus calme du soir.
Tu vas quelquefois les revoir
Tous ces fiers pêcheurs d'un autre âge
Restés fidèles au vieux village.
C'étaient tes premiers amoureux
Qui se contentaient de si peu.
Tu as bien changé et pourtant
Toujours fidèle, je t'attends.
J’ai pour toi les yeux de mon cœur.
Dès que s’estompent les clameurs,
Et que tu redeviens plus sage,
Je te retrouve sur la plage.
Avec toujours le même élan,
Je resterai ce vieil amant
Qui murmure avec nostalgie :
VALRAS, ville toujours chérie
J'espère en ce jour peut-être
Juste une larme sur ma lettre.

 

Jeanine COUGNENC GLAUZY

 
lettre à valras plage