Il serait naturel de croire

Qu’avec ses terribles mâchoires

Il sème partout la terreur

Et pourtant, c’est lui qui a peur.

 

Il tremble, notre crocodile,

Il ne vit plus jamais tranquille :

Un ami bien intentionné

Lui a dit : « tu es condamné.

 

Des hommes sont à ta recherche

Armés de fusil et de perches.

Je les ai vus, au bord de l’eau.

Ils en veulent tous à ta peau.

 

Toutes les coquettes des villes

Rêvent de sacs en crocodile. »

Alors, depuis, le jour, la nuit,

Il sursaute an moindre bruit.

 

Il voudrait bien dormir tranquille,

Le pauvre, pauvre crocodile

Sans redouter qu’un long couteau

Découpe sa peau en lambeaux.

 

L’autre jour, au bord de la grève

Eveillé, il faisait un rêve :

Désintéressés, les tanneurs,

N’embaucheraient plus de chasseurs,

Si je pouvais, tel un serpent

Changer de peau, de temps en temps.

 

 

Jeanine COUGNENC GLAUZY

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